Le dialogue interreligieux interdit-il de parler des divergences doctrinales?

Je parlais hier du patriarche orthodoxe copte Shenouda III, en admirant sa résistance au nivellement législatif sur le divorce. Je dois ici malheureusement parler du même patriarche en termes moins élogieux. Réagissant aux propos de Mgr Bishoy, haut dignitaire de l’Eglise copte, qui avait affirmé que, selon lui, certains versets du Coran avaient été ajoutés après la mort de Mahomet – déclenchant une vague de protestations, puisque les musulmans croient que le Coran a été dicté directement et intégralement à Mahomet par l’ange Gabriel – Shenouda III a critiqué sévèrement ces propos:

« Le simple fait d’évoquer cette question est inapproprié, et amplifier (cette question) est aussi inapproprié […] Le dialogue religieux doit se faire sur les points en commun […]. Le dialogue doit se faire dans l’intérêt du pays. On ne devrait jamais discuter des différences théologiques. »

J’ignore naturellement la situation des coptes et il est tout à fait possible que ces propos soient inappropriés pour des raisons conjoncturelles. Et il est clair que Shenouda III est mieux placé que moi – et même que Mgr Bishoy, pour en juger.
En revanche, je ne vois pas au nom de quel principe il faudrait nécessairement que, toujours et partout, le dialogue interreligieux évite d’aborder les points de divergence théologique. Au contraire, un dialogue théologique sur les divergences me semble absolument nécessaire à un dialogue interreligieux approfondi. Sans recherche commune de la vérité, et donc sans dialogue théologique pacifié mais dépourvu de tout irénisme, comment établir un véritable dialogue?
Source: AFP – La Croix