Pour une obéissance aveugle?

Dans l’article dont je parlais hier,le RP Bruno Régent pousse le paradoxe encore plus loin, jusqu’à défendre « l’obéissance aveugle »:

« La question fondamentale est : À qui obéissons-nous ? Et il faut répondre : Ultimement au Christ et, en lui, à Dieu. Et c’est pourquoi la véritable obéissance est aveugle ; elle est aveugle sur les intermédiaires. L’expression a mauvaise presse : inviter à une « obéissance aveugle » est en effet compris comme un appel à une démission des sens, du jugement et de la raison, pour s’écraser devant un ordre venu d’ailleurs qu’il faut exécuter sans comprendre ; cette dernière attitude est indigne de la liberté humaine. Inviter à une obéissance aveugle, c’est au contraire demander la mobilisation de toutes les dimensions humaines pour chercher et trouver l’appel de l’Esprit, au milieu des torrents de paroles et des fracas de ce monde, en évitant de s’attacher à tout ce qui pourrait détourner les sens intérieurs de leur objectif. Le regard ne s’arrête pas sur les limites humaines du supérieur ou du responsable, il cherche à voir l’invisible. »

J’avoue que je suis admiratif de la maestria de l’auteur.
Je ne suis pas absolument convainu. La fameuse obéissance « perinde ac cadaver » des jésuites m’a toujours laissé perplexe. Et je ne suis pas sûr qu’il soit tout à fait raisonnable d’être aveugle sur les intermédiaires. Pour ma part, en vieux thomiste, je crois, au contraire, que les causes secondes sont importantes. Mais je dois dire que ces quelques phrases du supérieur des jésuites en France seraient les seules capables de me convaincre de pratiquer une « obéissance aveugle »…