Comparaison entre la Fraternité St Pie X et l’épiscopat chinois
L’agence de presse Zenit présentait hier soir une intéressante lecture du nouveau livre d’entretiens de Benoît XVI avec Peter Seewald, « Lumière du monde », par le vaticaniste Luigi Accattoli. J’y lis ces quelques lignes à propos du rapprochement avec la Fraternité St Pie X:
« Le pape explique que l’excommunication était canoniquement motivée par la non-reconnaissance de la primauté du Successeur de Pierre. Il fait le parallèle avec les évêques chinois ordonnés de façon illicite. A partir du moment où ils l’ont reconnue, la sanction devait être levée. Mais le pape regrette que les choses aient été mal préparées, et il note qu’en fait Mgr Williamson « n’a jamais été catholique » puisqu’il est passé de l’anglicanisme au lefebvrisme. Lever l’excommunication, c’est favoriser l’unité, comme cela se fait en Chine lorsqu’un évêque ordonné de façon illicite reconnaît la primauté du Successeur de Pierre. L’excommunication est levée. Mais il n’aurait pas levé l’excommunication de Mgr Williamson si une enquête approfondie avait révélé son négationnisme. »
Il est très intéressant de noter que la question canonique se résume, dans cette présentation (il reste à savoir si cette présentation correspond bien à la pensée du Pape, mais je serais en tout cas tenté de le croire), à la question doctrinale de la reconnaissance ou non de la Primauté de Pierre. De toute évidence, c’est là un remarquable bouleversement. Car, à aucun moment, il n’y a eu le moindre doute sur le fait que Mgr Lefebvre et ses successeurs reconnaissaient la Primauté de Pierre.
Je note aussi cette constatation un peu malicieuse (qui serait bien dans le style de Benoît XVI…) sur Mgr Williamson, l’un des principaux « durs » de la FSPX… qui « n’a jamais été catholique puisqu’il est passé de l’anglicanisme au lefebvrisme ».
En revanche, j’avoue être un peu surpris de la mention selon laquelle le Pape aurait maintenu l’excommunication pour Mgr Williamson s’il avait connu son négationnisme. On peut penser ce que l’on veut de cette doctrine; on peut en particulier penser (c’est mon cas) que ce n’est vraiment pas le rôle d’un évêque catholique de s’engager dans des controverses historiques (surtout lorsqu’elles comportent des charges émotionnelles et des risques légaux aussi importants). Mais je ne vois pas le rapport avec la foi ou les moeurs, ni avec la soumission au Pape. Je ne vois donc pas bien pourquoi cette doctrine particulière entraînerait ipso facto le maintien de l’excommunication.
Dernier point, et le plus important selon moi: la comparaison avec les évêques chinois. On sait que l’excommunication pour sacre épiscopal sans mandat pontifical a été liée directement au cas des évêques chinois quand la Chine est passée sous la botte communiste. Le lien avec les sacres d’Ecône est donc évident historiquement: les seuls cas, à ma connaissance, d’excommunication pour ce motif ont eu lieu en Chine et à Ecône.
Mais ce rapprochement est surtout intéressant en ce qu’il donne sans doute une idée de la « stratégie » de Benoît XVI pour résorber cette séparation douloureuse. En Chine, de plus en plus souvent, les évêques sacrés illictement (dans l’Eglise officielle) demandent leur reconnaissance canonique à Rome. Ils se trouvent donc dans une situation un peu paradoxale d’évêques schismatiques reconnus par Rome. Ainsi les frontières entre l’Eglise clandestine et l’Eglise « officielle » sont-elles de plus en plus poreuses. Il pourrait en aller de même avec les évêques de la FSPX.
Même si cette situation n’est pas satisfaisante à long terme, elle permettrait du moins de ne pas priver l’Eglise latine de quelques centaines de prêtres fidèles et pleins de zèle apostolique et d’offrir aux fidèles de l’Eglise « officielle » le secours de ces prêtres et de ces évêques à la condition canonique un peu bancale.
