Quelques remarques à propos de Vatican II, de l’autorité légitime, et des difficultés des fidèles (2)

Je voudrais à présent revenir la deuxième phrase de l’abbé Lobet, dont je parlais ce matin (l’idée selon laquelle certains catholiques se prétendraient « plus catholiques que le Pape »).
Il me semble que cette expression est une transposition un peu facile d’une expression politique: « plus royaliste que le roi ». Expression qui date de la Restauration, Chateaubriand, alors grand défenseur de la Charte, ayant déconseillé aux royalistes de rejoindre le camp « ultra », ainsi stigmatisé comme « plus royaliste que le roi ». Seulement, si l’expression a peut-être un sens en politique (à vrai dire, j’en doute, et personne, à l’époque, n’a compris la phrase comme autre chose qu’un slogan politique et comme un soutien affiché aux libéraux), je ne vois pas quel sens elle pourrait avoir en matière religieuse.
Nous n’avons pas à être plus ou moins catholiques que le Pape. Nous avons simplement à être catholiques. Et cela implique deux choses, en particulier: être fidèles à la Tradition et croire que le Pape est, seul ou en union avec les évêques catholiques, l’interprète légitime de cette Tradition.
Par conséquent, la phrase de l’abbé Lobet ne peut, me semble-t-il, signifier qu’une chose: que la personne visée conteste que le Pape ait été, dans le dossier en question, interprète légitime de la Tradition.
Il reste tout de même à savoir si, dans le dossier précis, le Pape a voulu ou non être effectivement l’interprète légitime de la Tradition.
Or, il n’est pas si rare que le Pape ne le veuille pas. Il suffit de penser au cas du livre « Jésus de Nazareth », dont Benoît XVI a dit explicitement qu’il était une oeuvre de théologien particulier et non l’oeuvre d’un Pape, même s’il se trouvait – pour ainsi dire, par hasard – que ce théologien particulier était aussi, « dans le civil », si j’ose dire, un Pape. Je n’ignore évidemment pas que cela pose de redoutables problèmes en matière de controverse théologique, mais enfin, c’est un fait qui s’impose à nous.
Personne n’irait dire, évidemment, que critiquer telle ou telle prise de position de Joseph Ratzinger reviendrait à se vouloir « plus catholiques que le Pape ».
Si je peux durcir le trait pour me faire bien comprendre, je me demande en un mot si dénoncer ces catholiques « qui se croient plus catholiques que le Pape » n’est pas une sorte de chantage, visant à faire d’une question librement disputée une question tranchée par l’autorité légitime.
Je me doute évidemment que l’abbé Lobet n’est pas désireux de considérer tous les débats théologiques, canoniques ou philosophiques comme tranchés définitivement, mais on ne peut se défendre de penser que ce qui est reproché aux « intégristes » (qui est précisément, à mon avis, de transformer des traditions – légitimes, mais non obligatoires – en dogmes intangibles) est très largement pratiqué dans l’Eglise contemporaine. Si l’on songe à l’étendue du champ de la libre controverse à l’époque de saint Thomas – qui pourtant n’était pas exactement une époque « coulante » pour l’hétérodoxie -, on ne peut que constater que la liberté n’a pas vraiment progressé dans l’Eglise…