Oui, défendre la foi peut être évangélique!
Je viens de lire sur OV ce commentaire à mon article d’hier sur la rédaction de la Civilta cattolica:
« La police de la foi plutôt que la douceur évangélique : comme toujours, vous confondez Dieu avec le père fouettard ! Lamentable, comme d’habitude. Je prie pour votre conversion. »
Nous demandons suffisamment vos prières pour ne pas bouder notre plaisir quand un lecteur nous assure des siennes.
Et je suis sûr d’avoir besoin de me convertir. Mais je me vois mal m’accuser de confondre Dieu avec le père fouettard. Cela me semble un péché parfaitement fumeux de façon générale et complètement à côté de la plaque dans le cas d’espèce!
D’abord, je note que ne pas avoir une promotion, fût-elle attendue et logique, n’est tout de même pas un châtiment particulièrement violent et sadique. Et je ne vois pas pourquoi un directeur de la rédaction qui ne dirigerait pas sa rédaction à la satisfaction de son patron ne pourrait pas être viré. On ne peut pas être simultanément responsable et irresponsable! Le directeur aurait volontiers reçu les coups d’encensoir des « cathos » américains « pro-choice » (assumant donc la responsabilité d’avoir passé l’article dans sa revue), mais ne serait pas responsable lorsque ses supérieurs lui demanderaient des comptes? Voilà une bien curieuse conception de la liberté et de la dignité humaines…
Mais, si je me permets de répondre, contrairement à mes habitudes, c’est que ce commentaire manifeste une erreur tragique, dont nous ne cessons de souffrir dans l’Eglise depuis des décennies. Il n’y a aucune raison d’opposer « police de la foi » et « douceur évangélique ». Au contraire, la « police de la foi » (si l’on tient à ce terme, que je ne trouve pas fameux pour ma part) sert à une seule chose: à demeurer fidèle au message évangélique. Notre censeur croit peut-être pouvoir rester fidèle à l’Evangile sans l’aide de l’Eglise qui nous a appris, au fil des siècles, ce que signifiait tel verset, comment concilier tels passages en apparence contradictoires, et qui a même, en quelque sorte, « sélectionner » les passages de la vie du Christ et ses paroles qui forment aujourd’hui les évangiles. Cette prétention n’est pas neuve. Mais elle est parfaitement vaine: il n’y a pas d’évangile sans Eglise et, pour connaître la douceur du Christ, il faut aussi savoir ce qu’Il n’est pas.
J’ajoute que ceux qui souffrent le plus de cet abandon de la « police de la foi », au nom d’une prétendue douceur évangélique déracinée du message évangélique, sont les plus faibles. Et qu’il me semble bien peu évangélique de scandaliser ces plus faibles; il y a des paroles évangéliques terribles (très peu douces!) là-dessus…
Cela peut sans doute paraître paradoxal à nos contemporains, mais, personnellement, je n’hésiterais pas à réclamer un exercice beaucoup plus ferme de l’autorité, précisément pour que nous puissions ensemble vivre dans la charité évangélique.
