L'abbé Philippe Laguérie revient sur la question du rite de la messe
Sur son blog , l’abbé Philippe Laguérie est revenu sur la question du rite de la messe, question essentielle qui touche toute la mouvance traditionnelle. S’interrogeant sur la valeur d’un rite, le supérieur de l’Institut du Bon-Pasteur (IBP) distingue six aspects.
1er point : « on nous a soutenu, de mai 1976 à juillet 2007 que la promulgation du nouveau rite supprimait l’ancien et c’était faux. Passons, puisque ce n’est pas notre sujet, même si bien des bizarreries devraient, encore aujourd’hui, être rappelées avec fruits. L’ordo de Paul VI a été promulgué par l’Autorité légitime et nous le recevons comme tel, un point c’est tout. Même si son élaboration et sa promulgation constituaient une imprudence folle, voire prométhéenne. »
2e point : « On distinguera également avec fruit, la substance des sacrements de tout le rite qui l’accompagne. La substance, ce sont la matière et la forme d’un sacrement (Aucun hylémorphisme aristotélicien, mais unité substantielle de signification). L’Eglise les reçoit du Christ Lui-même et n’a aucun pouvoir de les modifier. (…)Contester la validité d’un sacrement légitimement promulgué par l’Autorité suprême de l’Eglise est évidemment une position schismatique et hérétique. On parle ici des rites promulgués, seuls garantis, et non point des élucubrations fantaisistes de ministres qui auraient l’audace de trafiquer jusque-là, comme il s’en est vu. »
3e point : « Dès lors que le « Signum Tantum » (la matière et la forme en tant que signifiant la grâce) est bien posé et garanti par l’Eglise, suit immanquablement la « Res et Sacramentum ». Cette dernière est la puissance de sanctification inhérente au sacrement valide, objectivement considérée, produite « ex opere operato » par le Christ. (…)La « Res et Sacramentum » de ce même sacrement est précisément le corps et le sang du Seigneur. Ils sont là, en toute messe valide, rendus présents par l’efficacité du signe. Leur présence, comme séparés l’un de l’autre, réalise donc le sacrifice de la croix, sans aucune restriction possible. »
4° point : « A ce stade de la « Res et Sacramentum », on ne saurait distinguer un rite d’un autre, pourvu que l’économie substantielle y soit respectée. Mais justement, c’est là que le rite intervient, avec ses qualités ou ses lacunes. Il convient de nous interroger à présent sur la qualité d’un rite, qu’est-ce qui fait son degré dans la perfection, et tout d’abord, quel est son rôle. Saint Thomas d’Aquin n’hésite pas à expliquer que le rite de la messe est le plus élaboré, le plus expressif de tous ceux des autres sacrements, parce que les mystères qu’ils doivent exprimer et faire connaître sont plus riches, plus élevés, plus sublimes qu’aucun autre. »
- point : « Que vaut donc un rite ? Sa capacité à signifier le mystère, les Saints mystères, la grâce infiniment variée du sacrement « par excellence ». Lui aussi est dans le genre signe, tout comme le bijou sacramentel qu’il enserre. Un bon rite est celui qui signifie le moins mal la réalité, non pas seulement de la présence du Christ, comme le fait la double forme, mais tout ce que réalise cette « double » présence du Christ en son corps et en son sang : sa passion, sa mort et, par concomitance, sa Résurrection, son Ascension, son sacerdoce céleste ; et donc sa gloire éternelle, son indicible charité, sa condescendance pour les pécheurs, son triomphe par le bois. Mais aussi notre misère d’avant et notre glorification d’après, notre dispersion puis notre unité dans le corps mystique etc »
6e point : « Il est facile, dès lors, de comprendre l’incidence déterminante du rite sur la « Res tantum », la grâce effectivement reçue, quoique certainement donnée. (…)Sortir d’une messe en vociférant sur le célébrant indigne (ce qui peut très bien arriver dans le rite extraordinaire par une célébration indigne, un sermon débile ou des chants à grimper aux murs) n’est en rien sanctifiant. Mais qu’au moins cela ne provienne pas du cérémonial. En grande partie, la vulgarisation du rite, son horizontalité désespérante, sa pauvreté intellectuelle, sa cruelle carence de signifiants ou son brouhaha mondain, exigent des chrétiens qui le subissent une héroïcité dans la Foi que les martyrs leur envieraient ! Et se raccrocher à la « Res et Sacramentum » dans ces conditions, c’est plutôt crier au sacrilège. A vous de voir. Nous voulons l’intégralité du mystère du Christ, dans la symbolique indispensable à son accessibilité ».
Je n’ai ici reproduit que des extraits de ce texte fort argumenté qui mérite d’être lu intégralement.
