La Réforme de la réforme n’est pas encore acquise
Sur le blog Fides et Ratio , je lis le témoignage d’un prêtre américain qui vient de célébrer le nouvel ordo ad orientem . Il l’a fait pour se rendre compte de ce que voulait les Pères conciliaires (même si la réforme de Paul VI va bien au-delà des demandes des Pères conciliaires). Sa préférence va à ce style de messe qui associe « bonne » orientation, utilisation du latin et de la langue vernaculaire. Il apprécie également la messe selon la forme extraordinaire. Pourtant, sa conclusion montre que la réforme de la réforme est loin d’être évidente sans une préparation sérieuse des laïcs et un changement de mentalité qui ne pourra s’effectuer que sur le long terme. Extraits :
Cependant, j’aurais préféré ne pas avoir célébré la Messe ad orientem, mais pas du tout en raison de la colère de certain fidèles (étant Prêtre Catholique, je suis habitué à l’hostilité des gens envers moi). J’aurais préféré ne pas avoir dit la Messe dans la posture que je pense être celle prescrite par les Pères du Concile Vatican II, parce que cela a été une des plus belles expériences de ma vie sacerdotale. Personne ne peut imaginer ce que c’est que de dire « nous », et « notre Père » en se tenant à la tête d’un assemblée toute entière tournée vers la même direction, dans une expression physique d’unité. Malgré tout ce qui est dit sur le sujet, il est impossible de dire « nous » en regardant 500 personnes sans leur parler, à elles.
La Messe est une louange divine adressée à Dieu, et malgré toutes nos bonnes intentions, nous autres ecclésiastique nous nous adressons à ceux que nous regardons. On ne peut rien y faire, le visage humain est une chose trop attirante. Et c’est seulement Dimanche dernier que j’ai réalisé à quel point je faisais partie d’une famille dans la foi, d’une Église en prière. Je n’avais en effet jamais réalisé auparavant à quel point c’était être esseulé que de dire la Messe face au peuple : « Je suis là haut, je vous regarde, je ne fais pas partie de vous ». Et là, soudain, pour un quart d’heure, « vous ne me regardiez plus. Nous regardions ensemble Dieu ».
(…)
Je sais très bien que la plupart des membres de ma paroisse seraient énervés si je commençais à célébrer en direction de l’Autel régulièrement, tout simplement parce qu’ils n’y sont pas habitués. Je serais accusé de faire partie d’une faction traditionaliste ou d’un autre crime du même type. Désormais, à chaque fois que je dirais la Messe en fixant les fidèles, et qu’eux me fixeront en entendant la Messe, je penserai à ce qu’aurait du, ce qu’aurait pu être la Messe. Je crains fort d’être autant un acteur qu’un Prêtre. Je préférerais n’être qu’un Prêtre, mais le spectacle doit continuer (the show must go on).
Ce qui est étonnant dans ce témoignage de prêtre, lequel me semble très réaliste, c’est que devant la difficulté que représente la réaction des membres de la paroisse, il n’envisage pas une instruction sur la liturgie, pour l’expliquer, pour aider les laïcs à retrouver ce que le cardinal Ratzinger appelle « l’esprit de la liturgie ».
Il dit à la fois qu’il regrette avoir célébré « ad orientem » non pas à cause « de la colère de certain fidèles (étant Prêtre Catholique, je suis habitué à l’hostilité des gens envers moi) » et plus loin il stipule pourtant : « Je sais très bien que la plupart des membres de ma paroisse seraient énervés si je commençais à célébrer en direction de l’Autel régulièrement, tout simplement parce qu’ils n’y sont pas habitués. » La bonne volonté du prêtre ne semble pas en question. En revanche, les laïcs semblent être opposés en majorité à la célébration ad orientem . À ce stade, il me semble qu’il faudrait à la fois que l’autorité donne l’exemple afin que ce geste ne soit pas celui d’un prêtre isolé et que les prêtres instruisent les fidèles.
