L’avortement, problème politique fondamental de notre temps

Lu sur le Salon Beige ces mots de Mgr Chaput, archevêque de Denver, l’un des évêques américains les plus intéressants à lire:
« Je sais que le droit à l’avortement est inscrit dans les lois actuelles de la quasi-totalité des pays occidentaux. Dans certains cas, ce droit reflète la volonté de la majorité et il est mis en œuvre par des moyens légaux et démocratiques. Et je suis conscient que beaucoup de gens, y compris au sein de l’Église, s’étonnent que nous, catholiques américains, continuions à placer le caractère sacré de la vie prénatale tellement au centre de notre témoignage public. Permettez-moi de vous dire pourquoi je crois que l’avortement est le problème fondamental de notre temps.
Tout d’abord, parce que l’avortement pose aussi la question de la vie dans la vérité. Le droit à la vie est la base de tout autre droit de l’homme. Si ce droit n’est pas inviolable, aucun autre droit ne peut être garanti. »

Faites attention aux mots, amis lecteurs, ils me paraissent à la fois très forts et parfaitement appropriés: l’avortement est, en effet, le problème politique fondamental. Non pas, bien sûr, qu’il n’existe pas d’autres sujets de préoccupation au plan temporel. Mais le meurtre de masse légalisé est effectivement la ruine de tout droit. Tant qu’il existera dans la plupart des législations occidentales, il sera absolument impossible de faire, selon l’expression consacrée, « faire confiance à la justice de notre pays » – puisque cette justice, cette législation, sont incapables, par construction, de protéger le plus innocent d’entre nous.
Au passage, l’avortement est aussi ce qui donne un sens à l’expression « totalitarisme doux » (ou soft) que l’on utilise parfois pour le démocratisme. De tout temps, les sociétés politiques ont connu des viols de la loi, y compris par les dirigeants censés donner l’exemple de la soumission à la loi et censés, par ailleurs, la créer conformément à la nature de l’homme (et donc à la loi naturelle, non écrite) en vue du bien commun. Mais ces violations, avant la modernité politique, ont toujours nié être des violations ou se sont toujours dissimulées. Hommage du vice à la vertu. Le totalitarisme, cette dégénérescence politique emblématique de la modernité, dont le national-socialisme et le marxisme-léninisme sont les deux exemples les plus connus, théorise au contraire l’effondrement du droit. Ou plutôt produit un « droit » violant explicitement la loi naturelle. Et donc assume sereinement son vice profond. Eh bien! de ce point de vue, le démocratisme relativiste n’est rien d’autre qu’un totalitarisme (et il faut hélas! préciser qu’il existe bien peu de régimes « démocratiques » actuellement qui ne soient pas démocratiques au sens du démocratisme)…