A propos d’un « panel » de catholiques « influents » dans la société belge (1)

J’ai évoqué ces jours-ci (à propos de l’enregistrement du cardinal Danneels) « Le Soir », quotidien belge dont je ne partage pas (est-il besoin de le préciser?) les orientations idéologiques, souvent proches de la maçonnerie si peu franche, mais dont la lecture est fort utile, y compris à celui qui cherche des informations sur l’actualité religieuse.
Par association d’idées, mon petit doigt m’ayant laissé entendre que Mgr Léonard serait dans les prochains jours à Rome pour conclure avec le cardinal Ouellet (en lui forçant la main?) le dossier des nominations de ses trois auxiliaires (il se murmure même que ce dossier devrait être bouclé d’ici la Toussaint), le souvenir d’un dossier du « Soir », datant de plusieurs mois, m’est revenu en mémoire.
En janvier dernier, « Le Soir » avait publié une étude sur l’influence de certaines personnalités catholiques dans la société belge : un « jury » composé d’observateurs de la vie publique belge, catholiques et non-catholiques, avait désigné les personnalités catholiques jugées les plus influentes. A priori, quel intérêt de savoir que le cardinal Danneels remportait la palme de ce très médiatique « jury » ? Ou que l’abbé Gabriel Ringlet, ancien vice-recteur de Louvain-la-Neuve, le talonnait ? Peu d’intérêt… à la réserve près qu’un certain nombre de personnes, « jurés » ou « lauréats », se trouvaient dans la galerie de portraits d’épiscopables que nous avons brossés le mois dernier.
La composition même de ce panel mérite le détour. On y retrouve par exemple l’abbé Jean-Pierre Delville, dont nous avions parlé, ainsi que l’abbé Eric de Beukelaer. Je saisis l’occasion pour préciser un point à leur sujet : quand j’ai écrit qu’à la tête du séminaire de Louvain-la-Neuve l’abbé de Beukelaer représentait une amélioration par rapport à l’abbé Léonard, le compliment était incomplet. Le progrès est sensible aussi par rapport à son prédécesseur immédiat, Jean-Pierre Delville. Sous l’abbé Delville, écouter du chant grégorien était une contre-indication, qui pouvait vous valoir une convocation dans le bureau du président (directeur). Je connais toutefois le cas d’un ancien séminariste qui, dénoncé par ses pairs pour ce crime anté (et anti) conciliaire, parvint à sauver sa tête en arguant que cette musique fait partie du passé l’Eglise, qu’on se doit de connaître. L’abbé Delville étant historien, l’argument porta. Ouf ! Sous l’abbé de Beukelaer, je n’ai pas connaissance que des délations pour ce genre de « crimes » portassent à conséquence. Le plus délicieux est la chute : l’abbé Delville s’essaye depuis quelques mois au rite « tridentin ». Compétent en matière de musique, il a même célébré l’an dernier à Liège une messe dans la forme traditionnelle pour l’Académie de chant grégorien . Je vous laisse imaginer si son ancien séminariste est venu écouter son homélie sur le plain chant . Reste que l’abbé Delville est difficile à cerner, et peut-être dans le bon sens : ceux qui le connaissent lui attribuent une grande indépendance d’esprit et une aversion pour l’instinc grégaire. Son « virage » actuel est donc à considérer avec attention.

(à suivre)