« L’esprit du concile » vu par le cardinal Biffi
Grâce au vaticaniste Sandro Magister, je prends connaissance de cette admirable description de la façon dont le prétendu « esprit du concile » s’est imposé dans l’Eglise – description qui est extraite de la toute récente édition des mémoires du cardinal Biffi, ancien archevêque de Bologne:
« La première phase consiste en une approche discriminatoire des textes conciliaires, qui distingue d’une part ceux qui sont acceptés et que l’on peut citer et d’autre part ceux qui sont inopportuns ou tout au moins inutiles, qu’il convient de passer sous silence. Dans la seconde phase, on reconnaît comme un précieux enseignement du concile non pas ce qui a été formulé en réalité, mais ce que la sainte assemblée nous aurait donné si elle n’avait pas été entravée par la présence d’un grand nombre de pères conciliaires rétrogrades et insensibles au souffle de l’Esprit. Dans la troisième phase, on insinue que la véritable doctrine du concile n’est pas celle qui a été effectivement formulée et approuvée canoniquement, mais celle qui aurait été formulée et approuvée si les pères conciliaires avaient été plus éclairés, plus cohérents, plus courageux. Avec une telle méthodologie théologique et historique – elle n’est jamais formulée de manière aussi claire mais elle n’en est pas moins implacable pour autant – on imagine facilement le résultat qui en découle : ce qui est adopté et valorisé de manière presque obsessionnelle, ce n’est pas le concile qui a été effectivement célébré, mais (pour ainsi dire) un “concile virtuel” ; un concile qui a sa place non pas dans l’histoire de l’Église, mais dans l’histoire de l’imagination ecclésiastique. Et quiconque se hasarde, même timidement, à ne pas être d’accord reçoit la qualification infamante de “préconciliaire”, quand il n’est pas carrément rangé parmi les traditionnalistes rebelles ou les intégristes exécrés. »
