Polémique autour de l’interprétation de Vatican II
Le professeur Roberto de Mattei
Les lecteurs de Riposte catholique sont, pour la plupart, au courant de la polémique scientifique (à la fois historique et théologique) qui enfle de l’autre côté des monts à propos de l’interprétation de Vatican II.
Nous avons maintes fois parlé du fameux discours à la curie du 22 décembre 2005, dans lequel Benoît XVI opposait herméneutique de continuité et herméneutique de rupture. Mais il faut mentionner aussi les livres de Mgr Gherardini, important théologien romain (notamment directeur de la prestigieuse revue Divinitas), ou encore, tout dernièrement, celui du professeur de Mattei.
Ce dernier, historien catholique bien connu en Italie, vice-président de l’équivalent du CNRS français, a reçu pour sa monumentale étude historique de Vatican II, « Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta » [Le concile Vatican II. Une histoire jamais écrite], le prix Acqui Storia.
Le jury de ce prix est composé d’universitaires de tout bord, mais son président, le professeur Guido Pescosolido, a démissionné pour se désolidariser de cette décision. Le vaticaniste Sandro Magister, qui suit chaque étape de cette passionnante controverse, explique ainsi cette démission:
D’après le professeur Pescosolido, le livre de de Mattei serait gâté par un esprit de militantisme anti-conciliaire incompatible avec les canons de l’historiographie scientifique.
Mais il est troublant de constater que personne ne songe à déclarer que le « militantisme progressiste » des historiens de « l’école de Bologne » (ceux qui ont contribué à la volumineuse histoire du concile dirigée par les professeurs Alberigo et Dossetti) soit « incompatible avec les canons de l’historiographie scientifique ».
Y aurait-il dans l’université un bon et un mauvais militantisme?
Pour ma part, il me semble que l’on peut fort bien être « spectateur engagé », selon le mot de Raymond Aron, et respecter les canons de la controverse scientifique. L’essentiel est n’être pas de mauvaise foi et on voit mal que le professeur de Mattei soit de mauvaise foi.
En tout cas, ce que révèle cette affaire, c’est deux choses apparemment contradictoires:
Que le débat commence enfin à s’ouvrir sur Vatican II. Au moins sur l’interprétation historique de l’événement, mais aussi, déjà, et sans doute de plus en plus dans les années à venir, sur l’interprétation théologique des textes.
Que les esprits demeurent extraordinairement fermés. Démissionner de la présidence d’un jury parce que l’on ne partage pas les options de l’ouvrage récompensé ne me semble pas le signe d’une remarquable ouverture d’esprit!
Il serait bon que nous, fidèles catholiques, à la fois attentifs à cette controverse et nécessairement plutôt spectateurs qu’acteurs, prions pour que nous puissions sereinement traiter les vraies questions que pose le concile, dans un esprit de fidélité à la Tradition et au Magistère.
