Profil bas pour nos évêques
Jean-Marie Guénois publie un article très intéressant pour souligner la timidité qui habite encore nos évêques, malgré leurs communiqués unanimes sur la question du mariage. A peine une dizaine (à moins d’une surprise demain) devraient être présent à la manifestation :
« Moteur de la mobilisation contre le mariage pour tous depuis le début, l’Église catholique apparaît comme la principale force d’opposition au projet même si elle récuse catégoriquement cette posture politique. Elle se trouve en réalité débordée par l’ampleur du mouvement dont elle récuse la paternité bien qu’elle l’ait largement inspiré. D’où le paradoxe entre la frilosité épiscopale vis-à-vis de la manifestation de dimanche et l’engouement de la base.
La croix pectorale, signe caractéristique de l’évêque, couperait-elle les jambes épiscopales quand il s’agit, non plus de discourir mais de manifester, en marchant par exemple? On pourrait le penser à décompter le peu d’évêques qui oseront défiler dimanche à Paris. La conférence qui les regroupe se refuse à avancer un chiffre. La Croix parle d’une dizaine. Cela fait peu sur leur centaine.
Tous pourtant, ou presque, ont pris publiquement position contre le projet de loi. Tous ont encouragé les fidèles à «se manifester» selon une formule ciselée pour ne fâcher personne mais beaucoup préfèrent ne pas se montrer dimanche. Certains iront même à la manifestation de façon anonyme, «en simple citoyen», d’autres seront noyés dans la masse paroissiale. Seul le cardinal Philippe Barbarin , archevêque de Lyon, prend le risque de manifester ouvertement. Le cardinal Vingt-Trois , dont la marge de manœuvre en tant qu’archevêque de Paris et président de la conférence des évêques est beaucoup plus étroite, se contentera de venir saluer les organisateurs. Entre ces deux prélats, il y a une évidente répartition des rôles. Cette prudence n’est pourtant pas de mise dans les paroisses où bon nombre de curés se sont levés pour organiser des convois de manifestants.
Le soulier épiscopal souffrirait-il de fouler le pavé parisien? La réponse est loin de cette caricature. Alors que l’Église catholique – le cardinal Vingt-Trois en tête avec sa prière du 15 août – a lancé la dynamique contre le projet de loi, qu’elle a entretenu, haut et fort, le débat essuyant des coups venant de ministres ou de députés, elle a paradoxalement tout fait pour ne pas apparaître comme une force d’opposition «politique», au sens d’un parti, mais «éthique» au sens d’une entité morale.
C’est toute la force de la manifestation de dimanche, mais aussi son risque d’être récupérée. Et par là, son ambiguïté possible dans le cadre d’une stricte lecture politique. Ce qui explique, précisément, cette parcimonie épiscopale. En «aucun cas», affirme le cardinal Vingt-Trois, l’Église catholique ne veut tomber dans un piège politique. Après avoir mis hors jeu l’accusation d’homophobie, l’Église catholique doit toutefois à présent éliminer le reproche de «faire de la politique».
Le second aspect, paradoxal, de cette manifestation, largement portée par des catholiques pratiquants, est qu’elle draine plus largement que prévu. Des publics non pratiquants, non catholiques, non chrétiens, laïques ou totalement indifférents sur le plan religieux viennent, animés par le souci de défendre la parentalité, la filiation. Et donc la famille fondée sur l’union durable d’un homme et d’une femme. Le mariage donc et la protection d’un enfant dans son droit à avoir un père et une mère, en cas d’adoption.
La diversité des organisateurs atteste d’ailleurs de l’assemblage composite des manifestants: ce sont avant tout des familles. Mais ce sont aussi des «catholiques» qui forment le noyau dur de l’organisation. Et les voilà comme dépassés et portés par une vague dont l’énergie n’a rien de religieux mais qui puise dans l’alchimie sociétale. […]
