La barque de Pierre dans la tempête

Le mercredi 13 mars 2013, le Sacré Collège réuni en conclave a élu le cardinal Bergoglio pour succéder au pape Benoît XVI. Ce choix a surpris tout le monde. Le nouveau souverain pontife a pris le nom de François, en référence à saint François d’Assise. Il a demandé aux fidèles de prier pour lui. Rien ne semble, en effet, plus nécessaire.

Le pape François se retrouve aujourd’hui face à une situation d’une gravité exceptionnelle.

Depuis plusieurs années, l’Église est la cible d’attaques, notamment médiatiques, d’une intensité grandissante. Déjà, dans les dernières années du pontificat de Jean-Paul II, ces attaques avaient atteint un degré préoccupant. Elles se sont aggravées sous le pontificat de Benoît XVI montrant à quel point les mesures restauratrices prises par le Saint Père perturbaient les desseins et le dispositif destructeurs du Système. Ces attaques n’ont pas seulement été médiatiques mais politiques, institutionnelles et financières. Seule une petite partie d’entre-elles est visible du grand public. Ces attaques sont liées aux atteintes portées dans plusieurs pays au droit naturel, et en particulier à l’institution du mariage. La France et le Royaume-Uni ne sont-elles pas en ce moment en train d’adopter une législation dénaturant le mariage, en vertu, a dévoilé le député Nigel Farage (UKIP), de consignes supranationales adressées par l’Union européenne à tous ses membres ?

Au cœur de cette offensive de très grande intensité, il importait de neutraliser le pape Benoît XVI dont l’enseignement était pour le monde un signe de contradiction permanent. La dignité et l’autorité dont il était revêtu, les qualités intellectuelles et humaines exceptionnelles qui sont les siennes en faisait l’adversaire le plus redoutable du Système et le chef naturel de tous ceux qui sont attachées au Bien, au Vrai et au Juste.

Cette neutralisation a mobilisé des forces considérables, forces médiatiques, institutionnelles et financières, relayées par leurs réseaux habituels, puissants, efficaces, et discrets.

Il y eut d’une part les intrigues qui ont agité la Curie au commencement de l’année 2012, et notamment les fuites qui annonçaient alors que le pontificat de Benoît XVI s’achèverait avant un an. Il y eut le redoublement de la campagne médiatique, ô combien tartuffe, orchestrée à propos d’affaires de pédophilie contre lesquelles Benoît XVI avait pris pourtant des dispositions justes et courageuses. Il y eut des pressions financières, plus discrètes et néanmoins efficaces, qui conduisirent, par exemple, en décembre 2012 à des mesures de rétorsion contre l’Institut des œuvres religieuses (I.O.R.), la banque du Vatican, mesures qui furent levées, par une curieuse coïncidence, le 12 février 2013. Il y eut sans doute bien d’autres manœuvres que seuls quelques initiés connaissent. Face à un tel déchaînement, Benoît XVI, affaibli par l’âge et la maladie, a estimé, en son âme et conscience, qu’il valait mieux, pour le bien commun de l’Église, abdiquer, afin de permettre à un pape plus jeune et plus vigoureux, de poursuivre son œuvre et d’affronter cette dure bataille.

Au cours de la préparation du conclave, la vieille Curie, celle qui n’avait jamais accepté l’élection de Benoît XVI et qui n’a cessé de fronder son autorité pendant huit ans, a déployé une intense et très subtile activité, amusant l’opinion avec des leurres. À la manœuvre, le cardinal Angelo Sodano, ancien secrétaire d’État, les cardinaux Re, Sandri, et quelques autres, alliés au cardinal Bertone. Le but était de prendre une revanche sur le conclave de 2005, de reconquérir les quelques positions perdues au sein de la Curie sous Benoît XVI, de préserver de puissants intérêts tout en affichant ostensiblement la volonté de réformer les graves dysfonctionnements que connaît la Curie, de camoufler sous le manteau de la vertu réformatrice de peu ragoûtantes, mais très fructueuses, opérations financières pratiquées depuis longtemps déjà par le frère et les neveux du cardinal Sodano, et dont le détail fut donné dans un article très intéressant et très justement documenté publié le 7 mars dernier par Riposte Catholique : « Le changement c’est Sodano ». Cette opération “cosmétique”, tout en trompe l’œil, a conduit à l’élection soudaine et très surprenante du cardinal Bergoglio, qui, fut, de son propre aveu, l’un des plus surpris du choix des cardinaux, surprise, dont, visiblement, il n’était pas encore revenu le soir de son élection au balcon de Saint-Pierre.

L’objectif de la vieille curie était de choisir un cardinal de l’hémisphère Sud, simple, soucieux des pauvres, mais âgé et malade, ignorant tout de la Curie où il n’a pas exercé de fonctions, afin que, sous son manteau franciscain de pauvreté vertueuse, rien ne change au sein de la Curie. Dans un premier temps, la vieille curie avait porté son choix sur le cardinal Scherer tandis que les autres votes, au 1 er tour, se dispersaient, principalement, entre les cardinaux Scola, lequel serait arrivé en tête, Ouellet, Bergoglio, Randjith et O’Malley. Le peu de succès du cardinal Scherer, devancé par le cardinal Scola, aurait conduit, après le 3 ème tour, à lui substituer le nom du cardinal Bergoglio qui avait eu un succès d’estime au premier scrutin. Le ralliement du cardinal Ouellet aurait créé une dynamique, amplifié ultimement par celui de la majorité des cardinaux qui soutenaient jusque là le cardinal Scola.

Le pape François est élu. Il y aura, pour assumer ses fonctions, des grâces d’état qui pourraient déjouer, ces calculs si peu évangéliques. Déjà, il a manifesté, lors de sa première messe dans la Chapelle Sixtine, des signes marqués d’indépendance. Des rumeurs lui prêtent, à dessein, une volonté de rupture avec la politique de son prédécesseur. Les actes du pontificat naissant en offrent souvent un cinglant démenti. Par exemple, la rumeur a couru que Mgr Guido Marini ne dirigerait pas la cérémonie du sacre pontifical. Or, le jour du sacre, Mgr Marini était bien là auprès du Saint Père. Cette rumeur était sans fondement. À cet égard, la visite que le pape François a rendu à son prédécesseur à Castel Gondolfo a témoigné, par des signes de délicatesse mutuelle, l’estime que se portent les deux pontifes, et la volonté du pape François de s’inscrire dans la continuité de son « vénéré prédécesseur ».

Se voulant d’abord « évêque de Rome », le pape François semble enclin à donner un nouveau souffle à l’idée de collégialité épiscopale. Cependant, cette collégialité sera nécessairement imprégnée du caractère du nouveau pape, qui est très autoritaire, à l’instar de Pie XI. Remarquez que le nouveau pape parle volontiers de « ses » cardinaux, de « son » vicaire lorsqu’il parle du cardinal vicaire de Rome. La collégialité du pape François sera soigneusement tenue en main.

Cependant, si le pape François veut gouverner et réformer la Curie, il devra très rapidement affronter ceux auxquels il doit d’avoir été élu, et le Système dont ces prélats sont les représentants au sein de l’Église. Pour le pape François, cet affrontement sera crucifiant. Il aura besoin de toute la force de l’Esprit Saint pour relever ce défi extrêmement difficile. La fermeté de son enseignement pour la promotion de la culture de vie et des principes du droit naturel devrait, en outre, lui aliéner définitivement, et assez rapidement, la sympathie des grands media. S’il veut éviter de se retrouver dans un isolement complet, le Saint Père devra alors chercher des appuis parmi ceux qui n’ont probablement pas contribué à son élection mais qui, de par leur formation, leur esprit et leur caractère, sont ses soutiens naturels, parmi ceux qui ont manifesté leur loyauté et leur dévouement à Benoît XVI tout au long de son pontificat. Le pontificat pourrait alors réserver à tous de grandes surprises.

La tempête qui souffle sur l’Église et sur le monde n’a pas encore atteint son paroxysme. Le plus dur est à venir, pour le pape François, et pour nous. Le pape François a bien besoin de nos prières.

Marco Raboglio