Le Pape François va-t-il briser l’idéologie des années 70 ?

Pour la messe In Cena Domini , hier, le pape s’est rendu dans une prison pour jeunes mineurs dans la banlieue de Rome. Dans une homélie improvisée, le pape François a évoqué l’évangélisation d’une façon un peu nouvelle… ou ancienne, comme l’écrit Jean-Marie Guénois dans Le Figaro :

« Il cherche à décomplexer l’Église catholique sur la question de l’annonce du Christ, un sujet tabou depuis quarante ans dans les rangs ecclésiaux. Tabou parce que le concile Vatican II (1962-1965) a volontairement rompu avec une théologie de l’expansion qui était souvent comprise comme du prosélytisme et qui a été bannie.

Seuls les mouvements traditionalistes ont gardé cette façon de procéder, rejoints, dans les années 1980, dans un tout autre style, par les communautés nouvelles, de types charismatiques. Elles ont ainsi pratiqué «l’évangélisation directe», dans la rue. Au sommet, les papes Paul VI , Jean-Paul II , puis Benoît XVI ont tout fait pour encourager cet élan mais le logiciel interne de l’Église catholique – celui des paroisses, des conférences épiscopales, des séminaires, des facultés de théologies – était réglé, lui, sur une interprétation minimaliste du concile Vatican II visant à éviter tout prosélytisme. Il était donc très mal vu d’oser évangéliser, la théologie dominante prônait la théorie du levain dans la pâte en expliquant que plus le chrétien disparaissait aux yeux de la société, mieux il rayonnait… »

« […] Malgré les paroles du précédent pape encourageant l’Église en début de synode, à pratiquer «la première annonce», c’est-à-dire à ne pas avoir peur de «proposer d’emblée le Christ» à qui ne le connaît pas, c’est encore la théorie dominante des années 1970 qui l’a emporté dans le document final. Toutes les initiatives récentes de type charismatique ont été totalement marginalisées.

Dans son homélie de la messe chrismale, le pape a rejoué un morceau d’anticléricalisme, comme lors de sa première homélie, face aux cardinaux. Le Pape s’est lancé dans une définition du «bon prêtre»:

«On reconnaît un bon prêtre à sa façon d’oindre son peuple. Quand nos fidèles reçoivent une huile de joie, on s’en rend compte, c’est la preuve: lorsqu’ils sortent de la messe, par exemple, avec le visage de ceux qui ont reçu une bonne nouvelle.»

«Le prêtre qui ne sort pas de lui-même, au lieu d’être un médiateur, se convertit peu à peu en intermédiaire, en gestionnaire. (…) De là provient précisément cette insatisfaction chez certains qui finissent par être tristes et convertis en collectionneurs d’antiquités ou de nouveautés au lieu d’être des pasteurs pénétrés de “l’odeur de leurs brebis”, pasteurs au milieu de leur propre troupeau, et pêcheurs d’hommes. En vérité, ladite crise d’identité sacerdotale nous menace tous et se greffe sur une crise de civilisation ; mais si nous savons dompter cette vague, nous pourrons prendre le large au nom du Seigneur et jeter les filets.»

Dans les termes du pape, on reconnait ce qu’avait déclaré Benoît XVI aux évêques français, critiquant les structures autoréférentielles de nos diocèses… Lorsqu’il était cardinal, le pape Bergoglio demandait à ses prêtres d’aller louer des garages pour être plus proches des païens. En effet, comme ils ne viennent pas dans les églises, il faut faire venir les églises à eux. Les traditionalistes connaissent bien les garages… et c’est aussi l’une des clés de leur succès.