« Non merci Eminence, vers le passage à un autre christianisme »
D ans le quotidien Présent du vendredi 19 avril, Jean Madiran démonte la vieille opposition entre le « christianisme sociologique » et le « christianisme de choix », le cardina l Vingt-Trois dans La Croix . Et Jean Madiran pose la question :
« Il faudrait alors supprimer le baptême des petits enfants, incapables de choisir ? Ou peut-être ne plus croire que le baptême est le sacrement par lequel nous devenons chrétiens : il nous fait enfants de Dieu, membres de l’Eglise et héritiers du Paradis ? »
Cette opposition entre 2 christianisme est l’argument proposé depuis des années par la hiérarchie épiscopale française pour justifier la crise dans l’Eglise de France. Et le cardinal en fait un argument de propagande :
« Nous sommes passés d’un christianisme sociologique à un christianisme de choix. Ceci me semble être la transformation la plus importante, à laquelle nous sommes très inégalement préparés. C’est sur ce point qu’il faut aider les catholiques à évoluer… »
Jean Madiran analyse :
« L’expression « christianisme sociologique » est manifestement péjorative. Elle caricature arbitrairement un christianisme fondé sur la piété filiale, le petit catéchisme, l’école chrétienne, la vie liturgique. Quant au « christianisme de choix », il semble bien n’être pas nouveau mais avoir existé dès le début, à son sujet Jésus mettait en garde les apôtres :
« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis. (Jn 15, 16).
« Quiconque ne reçoit pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas. » (Lc 15, 16).
[…] « christianisme de choix » a son propre empirisme désorganisateur :
« Notre expérience ecclésiale française véhicule une vision inconsciente d’une coïncidence entre l’Eglise et la société, entre l’Eglise et le pouvoir. Coïncidence qui n’est plus revendiquée de façon symétrique depuis la Révolution française. »
C’est nous qui soulignons « coïncidence », parce que ce n’est pas le mot juste. A sa place, il faudrait : « hiérarchie ». Hiérarchie naturelle entre la politique et la morale. Hiérarchie surnaturelle entre le pouvoir (politique) de la société et d’autre part la parole de Jésus et les sacrements qu’Il a donnés à son Eglise. On n’arrive pas à voir comment la doctrine du Christ-Roi pourrait glisser sa place dans ce sinueux propos cardinalice. Doctrine abandonnée ? Abandonnée par qui ? En tout cas point depuis la Révolution française ; plutôt à la suite (très tardive) de cette Révolution.
Le propos du Cardinal se termine par cette monition :
« Le projet de l’Eglise du XXIe siècle ne peut pas être de reconstituer l’Eglise du XIXe siècle. »
L’Eglise du XIXe siècle ne mérite pas ce mépris. C’est l’Eglise qui envoyait des missionnaires français dans le monde entier, alors que celle du XXIe siècle aurait plutôt besoin d’en recevoir. Ce qui nous importe, ce dont nous avons besoin, ce n’est pas ce qui d’un siècle à l’autre change dans l’Eglise, mais ce qui à travers les siècles n’a pas changé et ne changera pas, malgré toutes les tentatives de nous aider à évoluer, non merci Eminence, vers le passage à un autre christianisme. »
