Piero Marini, préfet de la Congrégation du Culte divin ? Une rumeur improbable, mais significative
À Rome, du côté des ratzinguériens, l’atmosphère est étrange, pour ne pas dire surréaliste. Une fois intégrée leur défaite, ils vivent la période actuelle comme une “drôle de guerre”, ce temps où la France essayait de croire que l’Allemagne ne passerait pas à l’attaque et que tout continuerait plus ou moins comme avant, mais où elle sursautait à chaque bruit pouvant évoquer le roulement des chars d’assaut.
C’est l’effet qu’ont produit les propos de Piero Marini au Costa Rica. Marini, olim secrétaire d’A. Bugnini, le Réformateur des réformateurs, a été cérémoniaire pontifical sous Jean-Paul II et le début du pontificat de Benoît XVI, puis ayant refusé tous les archevêchés italiens qui lui étaient proposés, a été casé à la présidence du Comité pour les Congrès eucharistiques internationaux, placard pour lui un peu étroit dans les palais du Transtevere, mais qui lui avait permis de rester à Rome et d’y participer à maintenir la flamme anti-ratzinguérienne.
En marge du 4 ème Congrès eucharistique national au Costa Rica, il a donc lancé un pavé libéral dans la mare : « Il est nécessaire de reconnaître les unions des personnes de même sexe ; il y a beaucoup de couples qui souffrent parce que leurs droits civils ne sont pas reconnus. Ce que l’on ne peut pas reconnaître, c’est que ces couples soient mariés ». Avec, au passage, un coup de poignard pour Benoît XVI en forme d’éloge pour le pape François : « On respire un air frais, c’est une fenêtre ouverte sur le printemps et l’espérance. Jusqu’ici nous avions respiré des eaux marécageuses, qui sentent mauvais, avec une peur de tout et des problèmes comme ceux de Vatileaks et de la pédophilie». Un régime de peur et de pestilence… Charmant !
Ce qui a fait froid dans le dos, c’est que, le 4 avril, Piero Marini avait été longuement reçu par le pape. L’archevêque aurait demandé à être nommé préfet de la Congrégation pour le Culte divin pour raffermir la réforme conciliaire menacée par les intégristes embusqués dans les Congrégations. Mais on ne voit pas pourquoi l’actuel préfet quitterait aujourd’hui le Culte divin, ni même pourquoi le pape François risquerait, contre son style de gouvernement, une telle nomination de division des esprits. Alors, un autre poste cardinalice pour Marini ? ¿ Por que no ? Ou bien, pourquoi oui ?
Il se peut bien que les ratzinguériens fassent une erreur d’analyse. En fait, on est passé d’un pontificat qui avait un programme identitaire, une première étape de “restauration”, notamment liturgique, mais qui n’avait pas de volonté politique, à un pontificat qui a une volonté politique, mais qui n’a pas de programme (sauf des “signes”, dont certains seront certainement très forts en tant que signes, mais sans grandes conséquences). Et qui n’a surtout pas un programme progressiste. Sandro Magister remarque que les médias commencent à s’apercevoir que bien qu’il ne soit pas Benoît, François n’a pas une doctrine libérale. Là n’est bien sûr pas le problème, et les journalistes auraient pu s’en apercevoir depuis longtemps s’ils avaient pris la peine de se renseigner pour savoir qui était le cardinal de Buenos Aires. Le changement ne réside pas dans le fait que serait advenu un pape anti-Benoît XVI, mais dans le fait qu’il n’y a plus Benoît XVI ou son équivalent.
Là où les ratzinguériens ont donc pleinement raison, c’est que ce passage est concrètement un bouleversement de profondes conséquences, dans la mesure où l’impulsion identitaire au sommet s’est évanouie. Mais à qui la faute ? Pour mesurer les choses à l’aune de la France : sous un pontificat identitaire, mais qui ne prenait pas, loin de là, tous les moyens d’appliquer son dessein, spécialement par des nominations épiscopales, on est passé d’une pratique de 6 % de la population à une pratique de 4 % ; sous un pontificat modéré, la chute va continuer.
Ce qui est à craindre, ce n’est pas que l’actuelle période aboutisse à une période anti-Benoît XVI (sauf des mesures du genre : ré-excommunication de la FSSPX), mais c’est au contraire que le pontificat se poursuive dans une ligne médiane et modérée, avec absence de référence au sommet, notamment liturgique avec tout ce que la liturgie signifie, pour le “nouveau catholicisme”. Pour autant, ce “nouveau catholicisme” ne sera pas bridé par le pape François. Par conséquent, ce sera, ou plutôt ce serait, aux identitaires de jouer, avec des prélats sachant montrer de manière claire tant au sommet qu’à la base que le catholicisme de demain est résolument appuyé et encouragé. En d’autres termes, c’est d’abord eux-mêmes et leurs états d’âme qu’ils doivent secouer.
