L’épiscopat, dépassé par la rue ?
C’est ce que l’on peut constater en lisant cet article paru dans le journal Libération , et dont voici un extrait :
« A l’automne, pas un évêque n’aurait parié sur une telle mobilisation. L’épiscopat hésitait, à l’époque, sur la conduite à tenir. Fallait-il ou non aller à la bataille contre le mariage pour tous, au risque d’être entraîné dans une confrontation sans concessions avec le pouvoir de gauche, comme cela avait eu lieu en Espagne en 2005 ? […]
Côté catholique, le principal motif de satisfaction est, sans conteste, l’engagement des jeunes, très présents dans les manifestations. On les disait surtout préoccupés par la spiritualité, les voilà qui investissent le terrain politique. «Ce mouvement correspond bien à cette génération, explique Nathalie Becquart , responsable du secteur jeunesse de la conférence épiscopale. C’est une mobilisation autour d’une cause précise qui a aussi beaucoup fonctionné grâce aux réseaux sociaux.» L’autre «réussite» est sans conteste d’avoir coupé l’herbe sous le pied aux catholiques intégristes de Civitas qui espéraient gonfler leurs troupes grâce à ce combat. A court terme, ce succès catholique pourrait virer à la patate chaude.
A l’Elysée on s’attendait à l’occasion de l’assemblée plénière de l’épiscopat, qui a eu lieu à la mi-avril à Paris, à ce que la hiérarchie catholique siffle la fin de la partie. Une fois la loi votée, il était temps de se rallier à la légitimité républicaine. Raté. Le discours d’ouverture du cardinal André Vingt-Trois , le patron des évêques de France, était sans concession. «Une loi n’est pas forcément une bonne loi», confiaient un certain nombre d’évêques dans les couloirs de l’avenue de Breteuil, siège de la conférence épiscopale. L’heure n’est donc pas à l’apaisement.
Reste à gérer un mouvement qui a pris des couleurs nettement politiques. Non sans ambiguïté, André Vingt-Trois faisait part de son inquiétude quant à une récupération du mouvement par la droite à la mi-avril. Depuis, il y a eu la bise entre le député apparenté FN, Gilbert Collard , et Frigide Barjot . Sans compter la sortie du bois de Béatrice Bourges , la catho tradi appelant à une nette radicalisation. […]
Dans une tribune publiée dans le quotidien catholique la Croix, l’évêque d’Angoulême, Claude Dagens , l’une des grandes pointures intellectuelles de l’épiscopat, s’inquiétait d’un retour du «catholicisme intransigeant». Même s’il s’en défend, celui-ci faisait entendre une musique différente de celle d’André Vingt-Trois. Pour Philippe Portier , deux scénarios possibles s’ouvrent à l’Eglise : profiter du succès de la mobilisation pour bloquer d’autres projets gouvernementaux – comme celui sur l’euthanasie -, dans la ligne d’André Vingt-Trois ; ou, comme le défend Claude Dagens, ménager l’avenir en appelant à un retour au calme. C’est un troisième homme qui tranchera : le 1 er juillet, Georges Pontier, l’archevêque de Marseille succédera à André Vingt-Trois à la tête des évêques. Certains le disent tout aussi classique sur le fond, mais sans doute plus conciliant. »
Quelques remarques en passant :
- C’est la base catholique qui semble désormais donner le tempo à la CEF, obligée de suivre des chrétiens décomplexés par les deux derniers pontificats
- Civitas a réussi son pari, contrairement à ce que dit cet article, car il ne s’agissait pas de « gonfler les troupes », mais d’être l’aiguillon qui pousse les chrétiens à agir.
- Par sa tribune, relayée sur ce blogue, Mgr Dagens montre que la tendance progressiste de l’épiscopat français est en échec : la nomination du transparent Mgr Pontier n’est là que pour ne pas faire d’ombre au cardinal Vingt-Trois, lequel, en tant qu’archevêque de Paris, restera l’interlocuteur privilégié du pouvoir.
