Syrie : Mgr Dagens s’en va-t-en guerre

Mgr Claude Dagens , évêque d’Angoulême, répondait mercredi 11 septembre aux questions de Louis Daufresne sur Radio Notre-Dame . Alors que le pape François appelle à l’apaisement et même à la paix, Mgr Dagens a tenu des propos de type néoconservateur, s’en prenant certes à Bachar el-Assad , mais aussi à Vladimir Poutine .

Mgr Claude Dagens débattait face à Carol Saba , avocat libanais grec orthodoxe. L’évêque d’Angoulême s’est largement engagé sur le terrain politique en se montrant ultra-favorable à l’intervention franco-américaine contre le régime syrien. Selon lui, il faut tout faire pour arrêter Bachar Al Assad, dictateur « sanguinaire » et « menteur » – il a répété plusieurs fois le terme – qui persécute son peuple, son voisin le Liban et les Chrétiens, grâce « aux manœuvres subtiles de Poutine » et qui « manipule les opinions publiques à travers le monde avec ses alliés, dont la Russie ».

Alors qu’on lui objectait que les rebelles syriens, composés d’islamistes, s’en prenaient de manière sanguinaire aux Chrétiens, comme dans le village emblématique de Maaloula, il a décrit cette affirmation comme :

« une opération de propagande qui reconstruit l’histoire et qui l’instrumentalise en essayant de faire croire que la guerre et les violences qui se déroulent actuellement en Syrie seraient d’ordre confessionnel. »

A la fin de l’émission, Mgr Dagens perdant son sang froid s’est emporté, interrompant ses interlocuteurs, au point que l’animateur Louis Daufresne s’est trouvé obligé de rappeler plusieurs fois à l’ordre l’évêque. S’en prenant directement au patriarche Gregorios III Laham , lui reprochant d’être l’allié politique et financier de Bachar Al Assad, l’évêque semblait aussi clément pour les rebelles qu’il était véhément à l’encontre du dictateur lâchant cette surprenante affirmation :

« Il faut faire très attention à ne pas diaboliser tous les jihadistes ».

Mais, dans le même temps, il n’hésitait pas à répéter que les jihadistes étaient financés et armés par Moscou qui, d’après les renseignements de l’évêque d’Angoulême, aurait fourni les armes chimiques à Damas…

Sur son blogue , on pouvait lire dès le 9 septembre :

« Après quelques jours de réflexion, je penche pour une intervention armée. Je ne vais pas dans le sens d’une certaine opinion catholique, qui chante la ritournelle de la paix à tout prix, même si je suis pour la paix, et je présiderai, demain soir, samedi 7 septembre, la veillée de jeûne et de prière, pour la paix, selon le souhait du pape François. Cette veillée aura lieu ce samedi 7 septembre, à 21 heures, à l’église Saint-Martial. Je crois qu’il y a une réalité qui s’impose. D’un côté, une dictature : Bachar el-Assad que l’on n’aurait jamais dû inviter au défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées, il y a quelques années. Une dictature et de l’autre côté, des démocraties : la France, les États-Unis, les pays européens et d’autres pays, pas tellement au Moyen Orient.

J’insiste sur la différence radicale qui existe entre des dictatures et des démocraties. Les démocraties hésitent. En France, aux États-Unis, on hésite, on débat et c’est l’honneur des démocraties d’hésiter et de débattre. Dans les dictatures, on ne débat pas. Où est le parlement de Syrie ? On ne débat pas parce que les dictatures, par principe si je puis dire, n’ont pas de principes mais l’affirmation exclusive de la puissance qui détruit. Je ne comparerai pas trop vite Bachar el-Assad à Hitler mais j’oserai le comparer à Vladimir Poutine, qui n’est pas tout à fait un dictateur mais qui est un potentat, qui dispose d’une autorité qui réprime toute expression d’opinions différentes des siennes et à son pouvoir, et qui s’entend très bien avec le dictateur syrien et lui fournit les armes. D’où viennent les armes chimiques ? Très probablement, en partie, de Russie. Elles sont bien achetées quelque part, elles ne sont pas fabriquées sur place et de même, les autres armes dont se sert le régime pour massacrer son peuple, à Damas, à Alep et en d’autres lieux. Dans la dictature : pas de principes ! La démocratie a des principes. Dans les dictatures, pas de débats, pas de réflexions, pas d’opposition politique, pas d’informations libres ! Où sont les débats sur la situation actuelle de la Syrie, en Syrie ? L’opposition s’exprime à l’extérieur, éventuellement en Turquie. Et n’oublions pas qu’à vol d’oiseau, Damas est à moins de 200 kilomètres de Beyrouth, et à environ 300 km de Jérusalem.

Alors, que faire ? Prier et jeûner. Prier, c’est-à-dire se tourner vers le Christ, Prince de la Paix. « C’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine … En sa personne il a tué la Haine. » (Paul, Lettre aux Éphésiens 2, 14-16). Nous prierons avec notre pape François. Nous le ferons à Saint-Martial pendant deux heures. Nous écouterons la Parole de Dieu, nous ferons silence et nous nous confierons au Christ et à l’Esprit Saint, à Saint-Martial, le lieu de « libération des captifs », avec la présence de la Fraternité trinitaire, nous prierons pour la paix en Syrie, au Moyen Orient et dans le monde.

On dit : il faut une solution politique. Cette solution politique passe par le dialogue politique, les négociations, mais avec qui peut-on dialoguer ? Peut-on dialoguer avec Bachar el-Assad, qui sait d’avance tout ce qu’il doit faire ? Je ne le sais pas. Je suis en train de lire une grande biographie allemande de Hitler, et je constate que les dictateurs sont des gens très intelligents, pas seulement des brutes, ils sont très cultivés. Bachar el-Assad est aussi très cultivé. Il a fait des études en Occident. Hitler était aussi très cultivé, très négociateur, très habile pour séduire et dominer. Avec qui dialoguer ? Comment dialoguer ? Je ne sais pas mais je pense que les démocraties françaises et américaines qui hésitent sont très honorables en hésitant. Nos présidents ne sont pas des chefs de clan, qui se moqueraient totalement de leurs adversaires et des risques qu’ils prennent en instrumentalisant la guerre civile dans leur propre camp. Tous les dictateurs instrumentalisent la violence et Bachar el-Assad aussi. Il me semble, après réflexion, qu’un coup de semonce, un avertissement armé, fort, limité, proportionné, est nécessaire. S’il est décidé par États-Unis et la France, je le comprends, en espérant que cet avertissement armé pourra ouvrir la voie à des discussions politiques, même si le régime n’est pas renversé, mais là on entre dans l’hypocrisie politique. Voilà ce que je voulais dire au risque d’étonner un certain nombre de personnes, mais j’invite d’autant plus fortement à la veillée de prière de ce samedi 7 septembre, à 21 h, à l’église Saint-Martial d’Angoulême. »